BrusselsLife avec Dick Annegarn

Écrit par Olivia Regout - 13 oct. 2014, 00:00 (Mis à jour: 12 janv. 2022, 04:33)
BrusselsLife avec Dick Annegarn
La voix incomparable qui depuis quarante ans fait chanter les Bruxellois sur l’air mélancolique de «Bruxelles, ma belle», c’est lui. Lui ? Dick Annegarn, un chanteur au léger accent et au timbre de voix grisant. De retour pour quelques heures dans la capitale qui l’a vu grandir, Dick Annegarn s'est confié à BrusselsLife...

L’eau a largement coulé sous les ponts de la Senne depuis l’époque de «Bruxelles». «Paris névrose et Bruxelles abrutie» sont loin. En quarante ans, l’artiste a beaucoup déménagé et beaucoup créé. Aujourd’hui, loin du showbiz, à l’abri dans sa maison au pied des Pyrénées, il vient de composer «Vélo va». Dick Annegarn revient sur son passé bruxellois…

Que diriez-vous de votre nouvel album aux Bruxellois qui ne connaissent que « Bruxelles » ?
« Je dirais que la boucle est bouclée pour parler en terme de Tour de France. Je reviens à une chanson plus simple, qui se chante. Comme «Mireille», «Bébé éléphant» ou «Sacré Géranium», ce sont des chansons que chantent les enfants. J’ai voulu écrire pour les autres. J’en suis donc revenu au ‘minimum complet’ comme on dit en poésie chinoise. Donc des chansons à chanter, pas seulement à écouter. Elles sont un peu inspirées du folk et du blues mais elles ont été écrites sans ordinateur, sans instruments. Ce sont juste des mélodies et quelques paroles qui collent pour qu’on puisse s’en rappeler. Des chansons d’une mémoire à venir…»

 

Dick Annegarn et le Théâtre 140

Dick Annegarn a souvent fait halte au Théâtre 140, un haut lieu culturel bruxellois qu’il connaît bien. Il y fait ses débuts et y enregistre d’ailleurs l’un de ses concerts live « 140 BXL » en 1983 et y a présenté son dernier album en octobre dernier.

Le Théâtre 140, est-ce pour vous un passage obligé à Bruxelles ?
«J’ai été pour la première fois au ‘140’ à 16 ans pour voir Hugues Aufray. Le théâtre 140 de Jo Dekmine, c’est un centre culture pop, une école pour nous, hippies. C’est le club le plus moche que je connaisse mais en même temps il y a une vraie beauté dans la programmation, dans le contenu. A l’époque, c’était une maison de quartier qui programmait des musiques qui n’étaient pas encore planétairement reconnues : le groupe Yes, Léo Férré… Jo Dekmine n’avait pas peur de courir des risques en mettant à l'affiche, des gens comme moi, des artistes pops ou encore du théâtre alternatif un peu expérimental… C’est une programmation que je connais depuis 40 ans et à laquelle j’aime participer.

Le Théâtre 140, ce n’est pas un passage obligé mais j’y vais très volontiers. Jo prends des risques et je l’admire pour ça… Je suis déjà passé au Cirque Royal et j'irais bien à l’Ancienne Belgique parce que je trouve que c’est une salle branchée. Donc gloire au Théâtre 140 mais l’AB c’est très bien aussi.»

Dick Annegarn et Bruxelles

Dick Annegarn passe sa jeunesse à Bruxelles où il vit pendant 15 ans avant de quitter la ville pour Paris au début des années 70. En 2005, il est fait citoyen d’honneur de Bruxelles.

Quels souvenirs avez-vous de votre jeunesse à Bruxelles ?
«Quand je suis arrivé à Tervuren en 58, Bruxelles était un chantier, une ville assez nouvelle avec la communauté européenne qui amenait de l’argent. A l’époque, je mettais le feu, je creusais des trous, je construisais des huttes. On était un peu des sauvages en tant qu’adolescent dans ce Bruxelles international naissant. Pour nous, la ville était un terrain de jeu.

Plus tard, j’ai été hippy dans la petite rue des bouchers. Mon terrain de jeu s’est déplacé autour de la Place Saint-Jean. Et puis, à un certain moment, je me suis rendu compte qu’on cultivait une certaine nostalgie. L’alcool et la défonce apportaient une espèce de nostalgie avant d’être vieux. On se remémorait systématiquement nos soirées de la veille. En fait, on cultivait l’esprit de vieux cons. C’est de ça dont je parle dans la chanson Bruxelles : « Les anciens combattants d’une guerre qui est toujours à faire ». A ce moment-là, j’ai décidé de quitter le Bruxelles des nostalgiques…»

Et Bruxelles aujourd’hui ?
«Aujourd’hui, Bruxelles pour moi continue à être une ville bien plus créative que d’autres avec Stromae, Jaco Van Dormael ou même des grands auteurs européens comme Hergé et Simenon. Si c’est ça être Belge, moi je veux bien en être. J’ai rencontré plein de gens intéressants ici.

La France a des prétentions culturelles qu’elle n’honore pas. Bruxelles n’a pas le quart des prétentions de Paris et pourtant, selon moi, Bruxelles est une véritable capitale culturelle. Ceci dit, je ne voudrais pas vivre en Belgique, le ciel est bas».

Et Jacques Brel ?
« Brel c’est un peu l’ancienne Belgique. Je n’ai jamais trop pardonné à Brel de ne pas aimer le jazz ni les PD. Nina Simone a repris ‘Ne me quitte pas’, Bowie a repris ‘Amsterdam’ mais lui était nerveux par rapport à ce qui ne lui ressemblait pas.

Par contre, Brel maitrisait parfaitement l’art millimétré de la chanson. C’est un auteur rythmique, un auteur musical, un auteur poétique même peut-être politique. C’est un auteur à tout point de vue et je le respecte beaucoup. C’est d’ailleurs le seul que je chante. Je chante Rimbaud, Brel et moi ».

Qu’est-ce que vous n’aimez pas à Bruxelles ?
«L’architecture des années 60-70 est vraiment criminelle et je pèse mes mots ! C’est violent. C’est des hallu alu, des hallucinations en aluminium. C’est des bourgmestres, c’est des échevins qui ont imaginé des miroirs à leur mégalomanie affreuse, carrée. C’est violent.

L’Art Nouveau ? Oui ! Tintin ? Oui ! Côte d’or ? Oui ! Le Sablon ? Oui ! Les Marolles ? Oui !

Mais ces grandes avenues de diplomates mégalomaniaques ? Non ! Ce n’est pas humain, c’est affreux !»

Vous avez des points de chute favoris à Bruxelles ?
«J’aime aller au marché au poisson pour manger des anguilles au vert. Mais vous pouvez ajouter toutes les adresses où les anguilles au vert sont à la carte, c’est à peu près sûr que j’y ai été !»

Il paraît que vous connaissez des insultes en bruxellois ?
«Ah oui ! Dans une chanson, j’utilise quelques insultes bruxelloise : un zinneke, un snul, un peï, une meï, une mokke, une sainte! D’ailleurs, ‘ Zwanzer ‘, ça fait partie de mon vocabulaire».

 

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