Le jour où Bruxelles a été réduite en cendres par Louis XIV

Les 13, 14 et 15 août 1695, une pluie de boulets de canon s’abat lourdement sur Bruxelles. Depuis Molenbeek, les troupes de Louis XIV pilonnent notre capitale sans répit. Les Bruxellois fuient l’assaut laissant derrière eux un immense brasier. Bruxelles est dévastée. Cinq ans plus tard, tel un phénix, la ville renaît de ses cendres…

Créé le 30/07/2015 - Dernière mise à jour le 30/07/2015

Près de 48h ont suffi aux troupes françaises pour réduire en poussière plus d’un tiers de Bruxelles. Une attaque sans précédent à l’encontre d’une ville sans défense, victime des ambitions d’un Roi Soleil en perte de vitesse et d’un maréchal de Villeroy trop zélé.

Bruxelles dans le contexte de 1695

Au XVIIe siècle, Bruxelles est la capitale des Pays-Bas espagnols et subit bon gré mal gré des guerres qui se jouent entre les grandes puissances sur l’échiquier européen. Depuis 40 ans, la France est en pleine expansion et grignote sans cesse des territoires au Nord, empiétant petit à petit sur les territoires des Pays-Bas espagnols. Pour contrer les ambitions de Louis XIV, une puissante coalition s’est constituée : la Ligue d’Augsbourg. L’Angleterre, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas espagnols, la Bavière… unissent leurs forces pour faire front et refouler les Français.

A la veille du 13 août

Alors que les troupes alliées assiègent Namur aux mains des Français depuis trois ans, Louis XIV s’impatiente. Il ordonne au maréchal de Villeroy de frapper un grand coup dans une autre ville pour faire diversion et soulager le siège namurois. L’homme convainc le roi de prendre Bruxelles pour cible. A l’époque, la ville est loin d’être une place forte. Ses fortifications sont vétustes et elle n’a pas les moyens de se défendre…

Pendant un mois, les troupes françaises se préparent en secret et accumulent les munitions : 12 canons, 25 mortiers, 4000 boulets, 5000 bombes incendiaires, 6000 fusées, de la poudre et encore de la poudre… Près de 70.000 hommes sont mobilisés pour mener l’attaque. Le 11 août, tout ce petit monde arrive aux portes de Flandre et d’Anderlecht. Les tranchées sont creusées. Deux jours plus tard, tout est fin prêt. Pour la forme, Villeroy fait envoyer une missive au gouverneur de Bruxelles pour annoncer le début du bombardement dans les 6 heures mais n’attend pas la fin de l'ultimatum pour déclencher le déluge.

48h de bombardements

Les premiers coups de canon retentissent en début de soirée. En ligne de mire des tirs : la tour de l’hôtel de ville. Les boulets incendiaires s’abattent sur Bruxelles allumant un brasier qui se propage d’autant plus vite que la majorité des constructions de l’époque sont en bois. Les Bruxellois tentent péniblement une riposte mais ils ne sont pas équipés. Les habitants fuient et, depuis les hauteurs de la ville, assistent impuissant à l’anéantissement de leur ville. Après 48h de bombardements acharnés, les dernières déflagrations se taisent enfin…

L’heure du bilan…

L’heure est au bilan. Grâce aux mesures prises dans l’urgence par les autorités municipales, les Bruxellois ont eu le temps de se mettre à l’abri. L’attaque a fait peu de victimes humaines. Le bilan matériel est quant à lui bien plus lourd. Un tiers de la ville a été détruit. Près de 4000 habitations et églises ont été réduites en cendres. Des rues entières ont été ensevelies. Ironie du sort, de la Grand-Place, seule la tour de l'hôtel de ville, principale cible des tirs français, tient encore debout.

Perspectives des ruines de la ville de Bruxelles, dessinées au naturel par Augustin Coppens, 1695.

Le temps de la reconstruction

Après s’être attelé à satisfaire les besoins les plus urgents, la reconstruction de la ville s’organise. Toutes les classes de la population sont réquisitionnées. Maximilien-Emmanuel de Bavière, le Gouverneur des Pays-Bas méridionaux, ordonne la libre entrée des matériaux de constructions et des travailleurs extérieurs. Sa volonté ? Rebâtir Bruxelles en améliorant la circulation, la salubrité et surtout l’esthétique générale de la ville…

La reconstruction de la ville se fait selon deux courants. Celui, imposé par le gouverneur qui veut faire de Bruxelles un ensemble de bâtiments modernes, homogènes et bien organisées sur le modèle des grandes capitales européennes. Mais les élites et corporations bruxelloises, plus conservatrices, ont un petit penchant pour le style baroque flamand. La Grand place illustre d’ailleurs parfaitement ces deux conceptions. La partie supérieure présente une façade classique unique derrière laquelle se trouvent 6 maisons. Le reste des édifices est clairement baroque.

En cinq ans, le résultat est impressionnant. Bruxelles est plus belle et plus solide qu’avant.

Traces du bombardement à Bruxelles

Aujourd’hui, quelques vestiges rappellent le bombardement de 1695. Non loin de la Grand-Place, un boulet de canon d’époque s’est fiché dans une des Arcades de l’église Saint-Nicolas.

Au numéro 5 de la Grand Place, un phénix doré trône sur le sommet de la Maison de la Louve dont le pignon avait été détruit lors du bombardement. Tel un pied de nez au roi de France, l’oiseau légendaire symbolise la ville de Bruxelles renaissant de ses cendres. Sous la statue, une inscription annonce « Brûlée, je ressuscitai plus glorieuse par les soins de la Gilde de Sébastien ».

De nombreux peintres ont immortalisé les scènes de carnage de 1695. Notamment, Theodoor van Heil dont l’œuvre, « le bombardement de Bruxelles » est exposée aux Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique.