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Quand les rues bruxelloises jouent avec les traductions...

Olivia Regout.

21 Jan 2015, 16:01 Last Updated: 18 Dec 2018, 13:12

Le bruxellois peut être déboussolé quand il s'intéresse aux plaques bleues vissées à l’entrée de quelques rues de la capitale...

Pas besoin de longues thérapies allongé sur un divan, le diagnostic est formel: quelques rues et lieux-dits sont atteints de schizophrénie. BrusselsLife s’est intéressé à une série de patients.

D’une usine au jeu de balle

Le nom néerlandais de la place du Jeu de Balle n’a absolument rien à voir avec son appellation francophone. Vossenplein, littéralement Place des Renards, fait référence au passé des lieux. Jusqu’au début du 19e siècle, la “Société du Renard” occupait l’espace avec son usine de locomotives à vapeur. Lorsque l’entreprise tombe en faillite, elle est détruite et se transforme en une place dédiée au jeu de balle-pelote et à la récréation. Les francophones lui assignent alors le nom de place du Jeu de balle bien que, très vite, l’espace de récréation disparait au profit du marché aux puces.

Cinquante ans, c’est un jubilé!

Le parc et le palais du Cinquantenaire sont créés lors de l'exposition nationale du Jubilé de 1880 pour commémorer le cinquantenaire de l'indépendance belge. Les Francophones choisissent d’appeler l’espace Parc du Cinquantenaire (Halve-eeuwfeestpark) contrairement aux Flamands qui optent pour Jubelpark (Parc du Jubilé).

Warande ou Royal, l’exactitude est la politesse des rois

Parc de Bruxelles ou Parc Royal ? Vous ne savez jamais comment appeler le parc qui s’étend au pied du Palais de nos souverains ? Rassurez-vous les deux se disent. Par contre, aucune de ces dénominations ne vous aidera à comprendre la traduction flamande, Warandepark. Plongeons plutôt dans le passé. A l’époque des comtes de Brabant, le parc actuel correspond à la colline du Coudenberg sur laquelle se trouve une warande. En vieux néerlandais, warande signifie garenne ducale, c’est à dire une réserve boisée de gibier prolongée par un labyrinthe de jardins et de bassins d’eau. Fin du 18e, la place royale est aménagée sur les cendres du Palais du Coudenberg disparu dans un incendie accidentel en 1731. Le parc voit le jour en même temps grâce au financement de la ville de Bruxelles qui en devient le propriétaire.

Vruntstraat - Rue de l’Amigo

Au XVIIIème siècle, les soldats espagnols pullulent dans ce coin de la ville. Ils mettent aux arrêts tout ce que la capitale compte comme bandits à la prison de la Vrunt. Peu habitués aux sonorités gutturales de la langue de Vondel, ils confondent vrunt et vriend. Ils traduisent donc vriend à la place de vrunt qui signifie prison. La rue devient la rue de l’Ami, amigo en espagnol.

En lieu et place de la prison s’élève désormais un palace qui a gardé le nom : l’Amigo, une prison dorée. La méprise espagnole a également engendré une expression francophone bien connue: passer la nuit à l’amigo!

Charbon et poulet à la même enseigne

Au moment de traduire les noms de rue, les gratte-papiers ont scrupuleusement suivi les instructions de leur hiérarchie: si c’est droit, c’est une rue! C’est ainsi que le Kolenmarkt et le kiekenmarkt sont respectivement devenus la rue du Marché aux Poulets et la rue du Marché au Charbon. Et pourtant à la base, on ne parlait pas de Kolenmarktstraat...

Une rue ou une chaussée vers la Flandre ?

La rue de Flandre fut une des premières artères à traverser Bruxelles d’ouest en est. L’importance du charroi qui l’empruntait lui valu l’honneur d’être une des premières voiries à être pavée. Si en néerlandais elle est toujours qualifiée de « chaussée » en référence à son utilisation originelle, la version francophone l’a rétrogradée en rue.

Tiercé pour une seule drève

La Drève de Bonne Odeur détient tous les records. Du côté bruxellois de la Forêt de Soignes, elle a été traduite en Willerieksedreef tandis que la commune d’Overijse lui a préféré Welriekendedreef. Le même lieu a donc deux appellations différentes dans la même langue. De quoi ne pas être en odeur de sainteté auprès des linguistes...

A force de crier au loup…

Le nom français actuel « rue fossé aux loups » résulte d'une traduction littérale et fantaisiste du néerlandais Wolvengracht. Si wolf signifie bel et bien « loup » en français, la rue ne comptait absolument aucune de ces bêtes. Au Moyen Âge, Wolfgracht faisait simplement référence au nom d’un patricien, du nom de « De Wolf » qui possédait des terres à proximité du fossé (gracht) en question. En conclusion, l’endroit aurait du s’appeler : rue du fossé de Monsieur de Wolf…

Il existe encore d’autres exemples que nous vous laissons le soin de découvrir lors de vos prochaines pérégrinations urbaines...

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