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Les dessous de Manneken-Pis

Olivia Regout.

03 Feb 2014, 09:02 Last Updated: 05 Mar 2014, 08:03

On a l’habitude de le voir tout nu. Mais 130 jours par an, le petit Manneken cache ses fesses sous des costumes aussi folkloriques que pittoresques. Dans sa garde-robe : le costume de Nelson Mandela, de Dracula, d’Elvis, d’un cycliste du tour de France, d’un cosmonaute… Et le dernier costume à avoir rejoint sa collection : celui du traditionnel Gille de Binche. BrusselsLife.be a assisté aux festivités, de la séance d’essayage au lever de rideau.

Notre petit mannequin de bronze pèse 17 kg et mesure 55,5 cm. Dans sa garde-robe, s’amoncèlent non moins de 915 costumes confectionnés sur mesure et spécialement pour lui. Le tout premier de la collection fût offert, excusez du peu, par Louis XV en 1747. Depuis lors, le petit Julien n’a cessé d’enfiler de nouvelles tenues. Aujourd’hui, il reçoit 15 nouveaux costumes chaque année. Bref, de quoi se pavaner sous les flashes crépritants des touristes qui défilent à ses pieds à longueur de journée.

[© Musée de la Ville de Bruxelles]

Manneken-Pis Gille de Binche : 916e costume

Roulement de tambours, l’instant est solennel. Cette année, le Carnaval de Binche fête ses 10 ans de reconnaissance par l’Unesco. Et pour l’occasion, le ketje reçoit sa 916e tenue : le costume traditionnel du Gille, offert par la ville de Binche et le Musée International du Carnaval et du Masque.

[© Rapahel Desart pour Musée du Masque]

Ce n’est pas la première fois que Manneken-Pis enfile ses sabots, sa collerette et son chapeau de plume. "Un premier costume lui avait été offert le 7 janvier 1929 par l’Union binchoise pour l’Extension du Commerce", explique Olivier Desart muséographe au Musée du Masque. "Mais le costume a trop vieilli pour que Manneken puisse encore le porter". Aujourd’hui, cette pièce est encore visible à l’exposition temporaire "Le Gille sens dessus dessous" au Musée du Masque où il restera avant de rejoindre les archives.

De la séance d’essayage au lever de rideau

A revivre en vidéo sur Quand Manneken Pis s'habille...

1. La confection du costume

Un nouveau costume a donc été confectionné pour que notre petit homme national puisse porter haut les couleurs du patrimoine binchois. Karl Kersten, artisan louageur de Binche, s’est donc mis à la tâche pour confectionner la petite tenue. "Il s’est basé sur les mesures de l’ancien modèle", raconte Olivier Desart. Et puis, c’est aussi une histoire de famille puisque l’artisan à l’origine du premier costume de Manneken-Pis, il y a 85 ans, n’est autre que l’arrière grand-père de Karl, Emile Kersten.

Fabriquer une tenue pour le petit Julien demande de la dextérité mais aussi un peu d’ingéniosité. Il faut pouvoir l’adapter au petit homme dont le bras gauche ne lâche jamais son tuyau. "Manneken-Pis Gille de Binche, aura donc un troisième bras…", ajoute le muséographe.

"Le costume a été confectionné dans les mêmes matériaux que le costume traditionnel et dans le respect des proportions bien sûr : les plumes, la collerette de rubans, les motifs des lions, les sabots, l’apertintaille…". Bref, un vrai Gille en miniature.

 

2. L’essayage

Une fois terminé et une semaine avant sa remise officielle à la ville de Bruxelles, le costume est envoyé à la capitale pour une séance d’essayage. C’est dans les bureaux du service de la culture qu’une réplique grandeur nature de Manneken-Pis enfile blouse, pantalon, apertintaille et autre mouchoir de tête… Tout est prêt pour les festivités en grande pompe du 1er février.

 

3. La remise du costume : 1er février 2014

Le grand jour est enfin arrivé. Par un samedi matin pluvieux, 300 Binchois investissent les rues de la capitale pour fêter l’événement. Le centre de Bruxelles a des airs de mardi gras. Un rondeau géant prend même forme sur la Grand-Place.

Reçus à l’Hôtel de ville par les autorités communales et les membres de l’Ordre des amis de Manneken-Pis, les Binchois offrent officiellement le costume aux Bruxellois. Une 916e tenue rejoint la collection du Ketje.

 

4. L’habillage

A peine les discours terminés, l’habilleur officiel de Manneken-Pis entre en scène. Costume sous le bras, il fonce à la fontaine où un ketje tout nu attend d’être somptueusement vêtu. Il faut faire vite, le cortège sera bientôt là. Sous l’œil interloqué des touristes de passage, il installe son échelle, grimpe à hauteur du petit bonhomme et s’applique à la tâche. Karl Kersten est là pour prodiguer ses conseils. D’abord la barrette, ensuite le pantalon, puis la bosse, la blouse… Pour finir, quelques oranges dans le panier. Et le chapeau ? Il restera dans sa boîte tant que la pluie continuera de tomber ! Il ne reste qu’à dissimuler le tout derrière le rideau et attendre…

Alors qu’on entend les tamboureurs du cortège arriver au loin, plus une goutte ne tombe. Autorisation pour l’habilleur d’ajouter la touche finale…

 

5. Cortège et lever de rideau

L’ambiance monte doucement au pied de la fontaine alors que le bruit des festivités se rapproche. Tamboureurs et joueur de viole mènent la danse du cortège jusqu’au pied de Manneken-Pis toujours caché derrière son rideau. Enfin, le moment temps attendu est arrivé. Le voile tombe. Notre petit ket national apparaît enfin dans son costume de Gille de Binche flambant neuf.

Les membres de l’Ordre des amis de Manneken-Pis entonnent la chanson traditionnelle de Maurice Chevalier : "Manneken-Pis, Petit gars de Bruxelles, Manneken-Pis, Mignon porte-bonheur…". Et puis vient le refrain de la chanson tant attendu "quand il fait Psss… Psss et refait Psss… Psss". La petite statue projette de "son petit sifflet" un jet puissant qui arrose la foule à grandes eaux.

Et pour ceux qui veulent à nouveau l’admirer dans son costume traditionnel de Gille, le Ketje portera une nouvelle fois ses plumes à l’occasion du mardi gras (4 mars 2014). En attendant, rendez-vous à la Maison du Folklore et des Traditions où la tenue sera présentée dans le cadre de l’exposition "le Carnaval de Binche, 10 ans de reconnaissance par l’Unesco".

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