Les légendes urbaines de Bruxelles et d’ailleurs

Les Bruxellois se les racontent depuis des années : sourire d’ange, rapt dans une cabine d’essayage, seringues au cinéma, lames de rasoir dans le toboggan d’un parc aquatique… Ses histoires un peu dingues mais plausibles auxquels on ne peut s’empêcher de croire, ce sont des « légendes urbaines ». Leur point commun ? Diffusées comme des faits divers arrivés près de chez nous, elles sont en réalité complètement fausses…

Créé le 23/08/2013 - Dernière mise à jour le 04/10/2013

« Tu ne sais pas ce qui est arrivé à l’ami d’un de mes bons amis au cinéma? Purée, quel horreur ! C’est complètement dingue… Si, je te jure c’est une histoire vraie ! C’est lui qui me l’a racontée. Faut faire super gaffe ! »… Tout le monde a déjà un jour entendu voire même raconté ce genre de récit en y croyant mordicus.

A Bruxelles, une trentaine de légendes urbaines circulent et alimentent les discussions des habitants depuis la nuit des temps. Chez BrusselsLife, nous avons voulu en apprendre plus sur ces récits inhabituels tantôt drôles, tantôt surprenants, tantôt effrayants…

Nous avons rencontré la spécialiste des légendes urbaines à Bruxelles pour tenter de comprendre le phénomène. Aurore Van de Winkel est collaboratrice scientifique de l'Institut Langage&Communication et conseillère en gestion des rumeurs pour Fama-Ossa Consulting. Depuis 2002, elle est plongée jusqu’au cou dans des récits de légendes urbaines qu’elle analyse, décrypte et démonte.

A la source d’une légende urbaine

« Parmi les nombreux récits qui voient le jour au quotidien, seuls certains ont des scénarios qui font mouche et deviennent des légendes urbaines qui se diffusent à grande échelle  », explique Aurore Van de Winkel.

Les origines des légendes urbaines sont très variées. Il peut s’agir d’un vrai fait divers qui apparaît dans un contexte particulier. Il est transformé, amplifié et parfois mélangé à d’autres actualités diffusées au même moment. Parfois, ce sont des légendes anciennes qui sont remises au goût du jour. Comme des délits anciennement attribués aux trolls, aujourd’hui transposés aux Turcs.

« A la base, il peut aussi s’agir d’une blague, d’une anecdote de roman ou de film que les gens expliquent à leurs proches. Puis, au fur et à mesure que l’histoire est racontée, on en oublie son côté fictionnel et on la présente comme authentique », continue la spécialiste.

SVP, soyez vigilantes ! Partagez un maximum

Avant, le bouche à oreille, les déplacements de la population via le tourisme, les voyages d'affaires ou l'immigration constituaient le principal vecteur de diffusion des légendes urbaines. Aujourd’hui, ça se passe sur la toile ! Les chaînes de mails, les sms ou les statuts sur les réseaux sociaux à partager à un maximum de personnes, ça vous dit quelque chose ?

Le dernier en date est notamment apparu sur Facebook en septembre 2012 : « Avis aux filles ! Attention ! Des faux taxis circulent à Bruxelles ! Les vrais ont les bandes jaunes sur les côtés de la voiture et la plaque commence par 1-TX. Triste réalité, cinq viols la semaine dernière au Bois de la Cambre par ces taxis ! SVP, soyez vigilantes ! Partagez un maximum, il en va de votre sécurité à toutes ».

L’info est même relayée par une radio ce qui ajoute une crédibilité supplémentaire aux faits. « Les médias participent parfois à la propagation des légendes urbaines. Ils reprennent une actualité sans en vérifier la source. Et avec Internet, tout va très vite. L’info est reprise par d’autres organes de presse, encore et encore… », avertit Aurore de Winkel. 

Pourquoi on tombe dans le panneau ?

Les légendes urbaines jouent sur les peurs des individus cristallisées dans leur quotidien. La spécialiste explique : « Ces légendes sont vraisemblables parce que les gens réactualisent sans cesse les récits en les ancrant dans leur réalité. Et puis, quand on raconte une histoire, on n’aime pas être mis en doute. Donc on a tendance à appuyer ses propos en ajoutant des éléments crédibilisants à gauche et à droite. Une histoire a plus d’impact lorsqu’elle s’est passée dans les endroits de notre quotidien qu’on connaît ou qu’on fréquente ».

Pour ajouter du crédit au récit, les légendes urbaines sont souvent racontées en intégrant des personnes de référence, des sources sûres : un ami d’ami policier dans cette commune, la cousine d’une voisine infirmière dans cet hôpital…

Les légendes urbaines bruxelloises

A Bruxelles, les légendes urbaines se déroulent au parc Josaphat, au magasin Ikéa d’Anderlecht, dans les toilettes de la STIB, dans les cabines d’essayages des magasins de la rue Neuve, à la station Rogier, Anneessens…

Mais les recherches d’Aurore Van de Winkel montrent que ces histoires ne sont pas typiquement bruxelloises : « Ce sont les mêmes histoires qu’ailleurs mais transposées dans des lieux de la capitale. Elles diffèrent à quelques détails près selon l’actualité et la région qu’elles couvrent ».

La vieille dame aux mains poilues

Vous connaissez surement la légende de la vieille dame aux mains poilues… Non ? L’histoire se passe au choix rue Neuve après une virée shopping ou sur le parking du Kinépolis sur le plateau du Heysel… Notre spécialiste nous la raconte : « une jeune femme se rend à sa voiture, s’y assied. Elle remarque alors une vieille dame assise sur la banquette arrière. Désorientée, elle lui demande de la raccompagner chez elle. Son fils a oublié de venir la chercher. La jeune fille obtempère. Une vielle dame, que risque-t-elle ? Pendant le trajet, la vieille passe sa main devant pour indiquer la route. La conductrice se rend compte qu'elle n'a pas les mains d'une personne âgée mais des grosses mains poilues d'homme. . Se sentant en danger, la jeune femme provoque un accident avec un bus pour se tirer d'affaire. La vieille dame en prend la fuite. A l’arrivée des policiers, on découvre dans le coffre de la voiture du chloroforme, une tronçonneuse et des sacs-poubelle. Le dépeceur de Mons est de retour ! »

Vrai ou faux ? Finalement, la véracité des faits importe peu aux gens qui racontent l’histoire. S’ils transmettent l’information, c’est aussi pour alerter les gens des dangers qu’ils courent au quotidien. Une sorte de message de prévention gratuit : « méfiez-vous de tout le monde, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver. Même une vieille femme peut ne pas être si inoffensive… ».

Découvrez notre compilation de légendes urbaines.

Les conseils d’une spécialiste

Pour finir notre entretien, Aurore Van de Winkel nous donne quelques conseils pour décrypter les légendes urbaines.

« Lorsque vous entendez une histoire qui vous paraît douteuse, il suffit de faire quelques recherches sur Internet pour en avoir le cœur net », explique la spécialiste. « Il suffit de taper quelques mots clés et vous trouverez rapidement des faits plus ou moins similaires qui vous mettront la puce à l’oreille. Et puis, il existe également des sites web comme hoaxbuster.com qui permet de s’informer sur les légendes ».

Elle achève finalement ses explications en nous avertissant : « La plupart des gens véhiculent des légendes urbaines de manière bienveillante mais attention à rester critique: le message implicite qu'elles diffusent est parfois homophobes, racistes ou autres. Ces récits suscitent souvent de vives émotions et ont parfois tendance à stigmatiser des populations qui en sont les boucs émissaires».

Vous voulez en savoir plus sur la légende du Parfum, l’âne du Parc Josaphat ou l'enlèvement manqué chez Ikéa ? Aurore Van de Winkel vous invite régulièrement à participer à ses Brussels Urban Legends Tour