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Ma journée française à Bruxelles

Olivia Regout.

12 Jul 2013, 09:07 Last Updated: 23 Jan 2018, 15:01

Ils sont plus de 60.000 à avoir investi Bruxelles, ce qui fait d’eux la première communauté étrangère de la capitale. Ils sont facilement reconnaissables par leur accent un peu pincé. Ils ne disent pas Bruxelles mais Bruksel, téléphonent avec un portable et trouvent le marché du Châtelain « vachement sympa »… Chez BrusselsLife, nous avons relevé le défi de vivre Bruxelles « à la française » durant une journée.

Ils nous voient un peu comme des bourrins souvent bourrés. Des braves gens, simples et gentils, toujours prêts à raconter de bonnes blagues rehaussées d’un accent à couper au couteau. Ils pensent que nous nous nourrissons exclusivement de spéculoos au petit déjeuner, de frites à midi et de bières le soir ! Bref, pour les Français, le Belge est un personnage excentrique et décalé.

Pour une fois, chers amis belges, tentons donc d’agir en personne civilisée. Mettons-nous dans la peau de nos voisins de l'hexagone et vivons à la française le temps d’une journée.

Avouons-le, ce qui suit risque d’être lourdement lesté de clichés de type fromage, béret et baguette. Nous vous invitons donc à brancher votre esprit sur le canal du second degré. Âmes susceptibles s’abstenir…

Petit dej’

Réveillé au petit matin par le caquètement des canards montant jusqu'à sa fenêtre ouverte sur les Etangs d’Ixelles, le Français se lève de bonne heure pour profiter de sa capitale d’adoption. Après avoir pris une douche en chantant à gorge déployée aux enfants de la patrie que le jour de gloire était arrivé, il claque la porte de chez lui en quête d’un petit dej’ digne de ce nom.

L’amour du bon pain guidera ses pas jusqu’au Pain Quot’ du Sablon où il commandera un croissant et un « grand crème ». Repu, il flânera ensuite dans le quartier s’extasiant devant les devantures des antiquaires. Il poursuivra ses pérégrinations jusqu’à la Grand Place se rappelant, non sans une certaine fierté, le bombardement de 1695 par les troupes de Louis XIV. Il poussera la porte de la Fromagerie Langhendries où il commandera 250gr de Camembert et 100gr de Crottin de Chavignol. Le fromage de Bruxelles, ça sent bien trop mauvais!

Eh oui, le Français connait toutes les fromageries de Bruxelles…

L’heure du Pastis

Alors que sa montre affiche 11h30, l’horloge biologique du Français est en alerte : l’heure du pastis a sonné. Il prendra donc la direction des Marolles pour s’attabler à la terrasse du « Marseillais du jeu de balle ». Avec sa vingtaine de pastis à la carte, le café a des airs de Place du Mistral et de « Plus Belle La Vie ».

Autour d’un verre toujours rempli, il polémiquera avec son voisin de table sur tous les sujets possibles et imaginables, juste pour le plaisir de contredire son interlocuteur et de se révolter contre tout et n’importe quoi… Ce 14 juillet, le Marseillais du Jeu de Balle rendra le sourire aux patriotes nostalgiques en célébrant la nation "à la bonne franquette".

Comme au Bois de Boulogne

Pour se remettre des conversations agitées qu’il aura eues plus tôt, il cherchera un espace vert où se ressourcer au grand air. Il remontera l’avenue Louise avec le tram quatre-vingt-quatorze pour rejoindre le Bois de La Cambre.

Au détour d’un sentier, il rencontrera quelques compatriotes en promenade avec leurs Bleus de Gascogne : « Vous ici ? Comme c’est inattendu ! On se voit au Châtelain à l’heure de l’apéro ? »

Tu tires ou tu pointes ?

Émoustillés par ces rencontres franco-françaises, il sera pris d’un besoin frénétique de tirer quelques boules au club de pétanque où il a ses habitudes. Au Centre sportif ixellois Albert Demuyter, 12 terrains de pétanque attendent qu’il vienne y exprimer son talent.

Et en cas de forte pluie, Bruxelles compte également de nombreuses pistes couvertes : Boulodrome Charles Picqué à Saint-Gilles, le Royal Joli-Bois à Woluwe-Saint-Pierre, le Messidor à Uccle…

L’heure de l’apéro

A l’heure de l’apéro, le Français rend visite à ses amis Français. Il ne côtoie que peu de Belges parce qu’il est souvent ardu de communiquer avec les locaux... Finalement, on ne parle pas vraiment la même langue. Les compatriotes se donnent rendez-vous au marché du Châtelain (le mercredi), Place du Luxembourg (le jeudi), aux Apéros Urbains (le vendredi), au Belga à Flagey (tous les autres jours de la semaine). On se claque deux bises, on boit du vin, on parle fort…

Vidant son ballon rouge et grisé par les effets de l’alcool, le Français se plait à raconter quelques blagues belges et à imiter un accent qu’il ne parviendra décidément jamais à maîtriser.

Qu’il habite le quartier de Brugmann, de Fort Jaco, Flagey ou aux alentours de Saint-Gilles, le Français connaît tous les bars à vins de Bruxelles.

Quand on fait la Java, le samedi à Brussels…

Ça swingue comme à Meudon !

Le Français idolâtre les chanteurs qui font la gloire de sa patrie à travers le monde… Michel Sardou, Charles Aznavour, Michel Delpech, M. Pokora, Johnny, Jacques Brel… Oui, bien sûr, Jacques Brel était Français ! Pourquoi ?

Pour rendre hommage à ces artistes bleu, blanc, rouge, il partage volontiers un repas au Fou chantant où, après avoir dégusté une grillade au feu de bois, il ouvre son chansonnier et entonne tous les tubes de sa jeunesse.

Le Français aime à déployer son étendue vocale aux oreilles du monde. Il est fan de karaoké. Il excelle particulièrement sur des titres comme « Je te donne » de Jean-Jacques Goldman ou « Ne partez pas sans moi » de Céline Dion. Son établissement préféré ? Le Snap bar à Ixelles où il a gravé sur la porte des toilettes ces quelques mots : « Vive la France » !

Après cette journée chargée en émotion, le Français est nostalgique. Même si le choix de chips en Belgique est impressionnant et que les frites sont succulentes, son pays lui manque. Demain, c’est décidé. Il se rendra à Mini-Europe pour écraser une larme devant l’Arc de Triomphe et la Tour Eiffel…

 

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