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Sylvain Margaine, l’explorateur urbain

Sylvain Margaine, l’explorateur urbain

Chaque fois qu’il en a l’occasion, Sylvain Margaine explore la ville pour immortaliser les mystères insoupçonnés du paysage urbain. Des coins secrets et insolites que peu de Bruxellois ont eu la chance de voir. A Bruxelles, il a grimpé au sommet des églises, il s’est enfoncé dans des galeries que seuls les rats et les métros fréquentent. Voici quelques jours, il publie un cliché jusqu’alors bien gardé : les photos de l'abri anti-aérien caché sous la place du Jeu de Balle.

Sylvain Margaine a 37 ans. Il est de ces aventuriers qui prennent un immense plaisir à s’enfoncer dans l’inconnu à la découverte de nouveaux horizons. A la différence près que sa jungle à lui, c’est la ville et que son voyage s’arrête souvent au coin de sa rue. Pas de boussole, ni de jumelles pour cet explorateur, mais plutôt un appareil photo et une bonne dose d’audace…

BrusselsLife.be a rencontré ce passionné qui aime partir « à la découverte de ces endroits insolites où on n’est pas censé aller ».

Histoire d’un explorateur urbain

Depuis toujours, les pas de Sylvain Margaine sont guidés par la curiosité. « Je suis originaire du Sud-ouest de la France. Petit, j’adorais visiter les usines abandonnées de ma région ». Selon l’explorateur, tout le monde a, en lui, cette envie de découvrir mais elle disparait avec l’âge. « Chez moi, la curiosité est restée. J’ai continué à franchir les limites, à sortir des sentiers battus et à explorer ».

Lorsqu’il débarque à Paris pour ses études, fin des années 90, Sylvain Margaine se rend compte qu’il est loin d’être le seul à avoir gardé son âme d’enfant. Il découvre même que sa passion à un nom : l’exploration urbaine. Armé d’un appareil photo jetable, il entame une démarche documentaire avec dans son viseur : « des lieux insolites et cachés ». Ses clichés révèlent des histoires oubliées qu’il aime ressusciter.

L’aventure se trouve au coin de la rue

La ville est son terrain de jeu. Hôpitaux, domaines militaires, souterrains, anciennes usines, bâtiments publics… l’explorateur aime photographier ces lieux urbains désertés. « Il y a un côté esthétique qui me plait dans l’abandon ». Là où le commun des mortels passe cent fois sans rien voir, Sylvain Margaine voit des choses que seul son œil affuté peut repérer. « J’aime faire des découvertes insoupçonnées sur le trajet du boulot par exemple. Il y a cette notion de proximité qui me fascine. La satisfaction de trouver des endroits inconnus et oubliés dans la ville-même ».

Avec deux livres à l’appui, le photographe a déjà ramené de superbes images des quatre coins du monde. Installé à Bruxelles depuis 7 ans, on l’a vu se glisser sous une plaque d’égout, grimper sur un échafaudage, se faufiler dans un tunnel souterrain et en ressortir avec des clichés inédits immortalisant ainsi les canalisations de la ville, les dessous des rails du métro ou encore la vue du haut de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule.…

Eglise Notre-Dame du Sablon 

Sa plus belle découverte

Et quand on demande à Sylvain Margaine quelle est sa plus belle découverte bruxelloise, il répond sans hésiter : « l’ancienne école vétérinaire d’Anderlecht abandonnée depuis 1990 ! J’habitais tout près. Je passais devant chaque jour en allant travailler ». Le jour où l’explorateur s’aventure dans les locaux désaffectés, il fait une découverte étonnante. « Je suis entré dans une pièce incroyable où des animaux baignaient encore dans des bocaux de formol ». Un plongeon dans la médecine d’il y a 30 ans que le photographe n’est pas près d’oublier. « Cette découverte compte beaucoup pour moi parce qu’elle est personnelle. On ne sait jamais ce qu’on va trouver ».

L’absurdité sous les pavés

En publiant ses clichés, Sylvain Margaine entend aussi montrer l’absurdité de certaines décisions urbanistiques. « Parfois, les autorités s’obstinent à construire du neuf alors qu’il existe de chouettes immeubles laissés à l’abandon ». Lorsque l’explorateur découvre ce qui se cache sous la place du Jeu de Balle, il décide dans un premier temps de garder ses photos pour lui. « Je voulais que l’abri anti-aérien soit préservé des vandales ». Mais lorsqu’il apprend que le cœur des Marolles est menacé par un projet de parking sous-terrain, il décide de dévoiler les clichés de « ce lieu incroyable ».

Si Sylvain Magraine estime ne pas encore avoir percé tous les secrets de Bruxelles jusqu’au bout, il parvient tout de même à pointer du doigt le mal qui touche les anciens théâtres et cinémas de quartier. Témoins des glorieuses années du centre-ville, ils sont aujourd’hui laissés à l’abandon d'une manière parfois scandaleuse. « C’est une constante à Bruxelles et personne ne bouge. J’ai photographié une des anciennes salles de cinéma du Variétés réaménagée en parking. Le cinéma du Parvis de Saint-Gilles est en train de pourrir… C’est dommage ».

Forbidden Places sur papier glacé

En plus de son site internet, Sylvain Margaine partage également ses découvertes sur papier glacé. Les deux opus déjà sortis de presse entraînent le lecteur aux quatre coins du globe : une ville fantôme dans l’Indiana, d’énormes canalisations australiennes, un sanatorium désaffecté à Barcelone,… Des photos d’un héritage abandonné accompagnées de textes pour la postérité. Le troisième volume, actuellement en préparation, promet encore de nombreuses découvertes ! Forbidden Places - Volume 1 et 2 sont disponibles sur http://www.forbidden-places.net/book2fr.php.

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