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Une journée de balayeur de rue de la ville de Bruxelles

Frédéric Solvel.

25 Jul 2014, 14:07 Last Updated: 02 Oct 2014, 09:10

Tout de vert et d’orange vêtus, ils sont 240 à faire blinquer les rues de Bruxelles. On les y croise tous les jours de l’année, parfois sans même les remarquer… Et pourtant, on peine à imaginer ce que serait le centre-ville sans eux ! Bienvenue dans la peau d’un balayeur de rue.

Quand nous arrivons dans les locaux du service propreté publique du côté de la place Sainte-Catherine, Olivier Doborouviez est déjà au travail. Comme chaque jour, il entretient et prépare son matériel. Nous ne serons pas deux au travail, mais trois. Notre collègue du jour s’appelle Glutton et a révolutionné le quotidien d'Olivier et ses collègues. Avec l’aspirateur, on peut ramasser quasiment n’importe quoi. Les mégots coincés entre deux pavés sont difficiles à récupérer avec une brosse. Pour Glutton, aucun souci.

Le planning nous est plutôt favorable: non seulement nous disposons de l’aide de la machine, mais en plus nous avons hérité des larges trottoirs des boulevards du centre. Notre secteur s'étend le long du boulevard Anspach entre les places de Brouckère et Fontainas.

En route

Sur les quelques centaines de mètres qui séparent le quartier général de la Bourse, Olivier évoque avec passion son métier. Une passion teintée de réalisme. On sera toujours moins nombreux que les gens qui salissent. Chacun, même involontairement, est un ennemi. Les balayeurs de la ville sont de sortie tous les jours de l'année, de 6h30 à 20h ils sillonnent leurs secteurs respectifs. En 2013, ils ont ramassé 4.281 tonnes de déchets!

[Olivier Doborouviez et son Glutton]

Il fait chaud depuis quelques jours, les arbres des boulevards du centre souffrent et laissent tomber quelques feuilles desséchées qui finissent dans le ventre du Glutton. Selon Olivier, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise saison. La pluie mouille, on subit le froid et on souffre de la chaleur. Mais le pire, c'est la météo variable. 

A côté des feuilles mortes, la buse de Glutton aspire toutes sortes de déchets : papiers d'emballages, mégots, déchets organiques... Aujourd'hui, ça va, il n'y a pas trop de déchets. En plus, une équipe est déjà passée le matin. Vous devriez voir le week-end, c'est comme s'il y avait eu la guerre: sang, bouteilles vides, etc. Sans parler de l'état des rues à la Saint V ou à la Saint-Nicolas des étudiants.

En plus de balayer les rues, Olivier et ses collègues sont souvent mis à contribution. Quand ils n'indiquent pas le chemin à des touristes égarés, il sont à l'écoute des gens du quartier. Olivier évoque timidement ses quelques mois passés à la rue qui le rendent sensible à la détresse des sans-abris. Sensible mais lucide. Quand je trouve un paquet de cigarettes, je le garde pour un SDF mais hors de question de leur donner de l'alcool ou de l'argent. Le ton devient plus léger quand il s'agit d'évoquer avec Jef, le vendeur d'escargots, sa dernière dispute...

"Servir un pays qui n'est pas le mien"

Quand on lui demande sa plus grande fierté professionnelle, Olivier arrête le Glutton et n'hésite pas un seul instant. Ma nomination, c'était un grand honneur. Prêter serment pour un pays, même si ce n'est pas le mien, c'est un grand honneur. (ndlr: Olivier est français)

Nous avons à peine redémarré que nous nous arrêtons net. Devant nous, une scène hors du commun: un homme, visiblement dérangé, plonge sa main dans une poubelle, en ressort avec un emballage, reprend sa marche... avant de lancer l'emballage quelques mètres plus loin. Notre balayeur conclut avec philosophie : En dix ans, il n'y a pas grand-chose qui ne me soit pas encore arrivé, et d'autres vont encore arriver.

A la fin de sa journée, Olivier retrouve les siens avec le cœur léger et la satisfaction du travail accompli, tout en sachant que demain tout sera à refaire. Chapeau et merci !

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