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Vins, vignes et vignerons bruxellois

Vins, vignes et vignerons bruxellois

Si au royaume des aveugles, les borgnes sont rois : au plat pays de la bière, le vin mérite une place à la cour royale. Sans opposer Bacchus à Saint Arnould, il est temps de remettre les pendules à l’heure et de mettre un peu d’eau dans le vin des buveurs de bière.

Si de tous les peuples de la Gaule, nous sommes les plus braves, c’est sans doute que comme tous les autres nous nous sommes laissés séduire par les Romains et les avons laissés introduire dans nos régions, parmi tant d’autres choses, la culture de la vigne.

Il faudra attendre huit siècles pour que Charlemagne, pour se faire pardonner d’avoir inventé l’école, encourage la culture de la vigne dans nos contrées. Ce sont alors les moines qui cultivent le raisin et en extraient le vin. Il est bien plus sûr et plus goûteux que l’eau polluée des rivières. Le vin est l’objet d’un commerce juteux et le surplus est servi aux hôtes de passage et utilisé lors des célébrations.

Plus tard, il sera de bon ton pour la classe la plus aisée de posséder son vignoble afin d’en offrir le fruit à ses hôtes et d’en faire un précieux cadeau de noces.

Au plus profond de la hêtraie cathédrale, il se murmure qu’après une partie de chasse en forêt de Soignes, Charles Quint ne crachait pas sur une rasade de vin ucclois. Les vallées de l’Ukkelbeek et du Geleytsbeek et leurs coteaux parfaitement exposés donnaient alors de jolis vins.

Les historiens s’accordent pour attester la présence de vignes à Auderghem, Anderlecht, Boondael, Forest, Saint Josse…

A Forest, le wiijngaardveld s’étend sur 5 hectares à l’emplacement actuel du Parc Duden. La chaussée de Bruxelles a épousé le tracé de l’ancien chemin en contrebas du vignoble.

En 1695, quand Louis XIV bombarde Bruxelles, il n’a pas le plaisir de goûter aux vins locaux. Les hivers de la première moitié du siècle ont été particulièrement rigoureux et ont réduit la vigne à néant. Un plaisir dont il s’est également lui-même privé en 1659 via son Traité des Pyrénées qui interdit la culture de la vigne dans les Pays-Bas.

Saint-Josse et Forest les vigneronnes

Une promenade dans les rues forestoises trahit rapidement le passé vigneron de la commune. Les rues de Bourgogne et du Vignoble ainsi que les drèves des Vendanges, du Pressoir et du Tastevin sont autant de traces du passé.

Saint-Josse, quant à elle, affiche fièrement sur ses armoiries une grappe de raisin local. Celui-là même qui ravi le palais de Guillaume le Téméraire quand il vint y installer ses quartiers.

Place aux amateurs

Dans la deuxième moitié du siècle dernier, les ceps reprennent vigueur grâce aux labeurs de quelques amateurs éclairés.

En 1974, Armand Ell plante quelques pieds à Schaerbeek. Neuf ans plus tard, en 1983, il procède à la première vendange dont le jus est mis en bouteille sous l’appellation Clos Josaphat. Jusqu’en 2010, il tire chaque année entre 200 et 300 bouteilles de vin rouge naturel. Son secret ? L’humus des Templiers. Impossible à percer puisque la dernière grappe a été cueillie en octobre 2010 avant que la commune ne procède à la fermeture du petit vignoble.

[Marc de Brouwer dans son vignoble ucclois]

A Uccle, la tradition viticole a repris sous la férule de Marc de Brouwer. Ce professeur de mathématique vigneron à ses heures est à la tête du plus grand vignoble de la capitale. L’aventure démarrée en 1986 a failli s’arrêter net en 2006 sous la pression immobilière. C’était sans compter sur la volonté de fer de ce passionné, qui a replanté ses 300 ceps sur les coteaux du Kauwberg. Aujourd’hui, les vignes ont retrouvé toute leur vigueur et les vendanges s’annoncent plutôt bien. La production, 400 demi-bouteilles, est vite écoulée entre la consommation personnelle du viticulteur et celle des ses amis.

A Auderghem, quelques laïcs éclairés marchent sur les traces de leurs prédécesseurs monastiques : l’ASBL Jardin des Moines fait revivre depuis quelques années la vigne du Rouge-Cloître. Encore un peu de patience, et les premières grappes feront leur apparition le long des murs d’enceinte de l’ancien prieuré.

Le mot de la fin revient à Pline l’Ancien qui a fait souffrir tant de générations de latinistes : « Le vin, à lui seul, est un remède, il nourrit le sang de l'homme et amortit les chagrins et les soucis ». Et il en va ainsi à Bruxelles comme ailleurs.

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